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& l'Autre Système :: PRESSE
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Thierry CRUSEM & L'Autre Système :
Source : Magazine MIOUZIC - Janvier 2005.

Tu es l'auteur compositeur de tes chansons, comment t'organises-tu pour les
arrangements avec le groupe ?

En fait, c'est tout naturellement que les étapes nécessaires à la pose en équilibre d'un travail d'équipe comme celui-ci se sont mises en place.
Rien n'est jamais gagné dans une projection de groupe. Dans notre cas, le point de départ de l'aventure s'est posé à l'envers, puisque tous les titres de l'album étaient déjà écrits et composés. L'équipe qui a donné vie à "L'Autre Système" a donc du se fondre dans un univers déjà existant, une sorte d'appartement déjà meublé au moment d'y entrer. A mon sens, l'important pour que ces chansons respirent et vivent sur scène, se trouve dans l'épanouissement des musiciens et interprètes qui vont en pétrir l'essence. Il est donc primordial de laisser un champ d'action véritable aux membres de l'équipe. Petit à petit, ce mélange de sensibilités permet de rendre cet univers accessible à tous, et surtout d'en dégager une émotion communicative, véritable socle de partage avec le public. Dans notre cas, l'osmose a fonctionné, ce qui m'a une nouvelle fois apporté la preuve de l'immense démarche professionnelle des membres de "L'Autre Système", bonheur de travail que je souhaite à tout accoucheur de chansons !

Comment vous êtes vous rencontrés ?

Alain WITTISCHE fut l'un des premiers à poser ses guêtres dans "Les Couloirs". Compagnon de longue date, l'homme aux 1000 concerts que l'on surnomme "Le Tigre de Mannheim" a chatouillé sa basse sur plusieurs titres de l'album, et c'est tout naturellement que sa présence dans l'équipe live s'est imposée.
David METZNER, également présent sur certains titres de l'album, est un batteur invraisemblable dans sa démarche instrumentale. Perpétuel malaxeur d'arrangements, sa créativité de frappe est constante. Cela faisait longtemps que David attirait mes oreilles, et il m'a parût important qu'il intègre l'équipe, ce qui nous donne une sacrée paire rythmique, un moteur basse/batterie à haut rendement !
Dominique BRIGLIO est venu compléter ce duo infernal, en apportant une sagesse et une justesse de jeu à la guitare, ce qui subtilement apporte le liant indispensable à la solidité de l'édifice. Le cadet de l'équipe assume pleinement sa place, et de fort belle manière !
Jean DELESSE, en manque de sensations lives depuis un certain temps, n'a pas résisté à emboîter le pas derrière ses claviers, avec son approche personnelle qui le conduit à être toujours là où on ne l'attends pas. Un type déroutant et pourtant bien présent !

D'où est venu l'idée d'organiser une expo Peinture avant tes concerts ?
et pourquoi ?

mmmhhh... Longue histoire. En fait il y a plusieurs raisons à cela. En premier lieu, poser un pont entre les arts, mélanger les sources d'inspirations, construire une démarche multi-facettes est un challenge qui vaut la peine d'être tenté, à mes yeux en tous cas. Dans une époque où l'on nous mène par le bout du nez vers un formatage à grande échelle, et où la seule perspective d'épanouissement que l'on veut bien laisser à l'individu se canalise dans la consommation à outrance, il m'a semblé évident qu'en tant qu'artiste, je devais tenter de développer une oasis d'émotions et de choses à partager, disponible là, à bout d'esprit. Soyons clairs, dans une société cadenassée comme celle dans laquelle nous baignons actuellement, si les artistes, ultimes gardiens de la flamme de la libre pensée et de la création, ne se mobilisent pas pour apporter d'autres alternatives au rouleau compresseur déguisé en code barre géant, qui peut encore le faire ?
Ce concept texte/musique/peinture/vidéo/ombres chinoises regroupe le savoir-faire et la créativité d'artistes d'horizons très différents. La somme de toute cette énergie donne vie au Spectacle "Le Tour des Couloirs". Y participent, autours de L'Autre Système, une compagnie de théâtre, La Balestra et Roberto Corréa, quatre peintres, Nadine Loncar, Nicole Tonnelier, Clotilde Jacquart ainsi que Roberto Pojer, un réalisateur, Philippe Jacques, un créateur multi-média, Frédéric Kempf, un créateur/éclairagiste, Laurent Meylender, trois tritureurs de sons, Jean-Pascal Boffo, Jacky Hoff et Guy Chauvin, une conceptrice d'installation, Isabelle Lapointe, et je m'arrête là, car la liste est encore longue !
Voilà, Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, ce que vous propose toute cette équipe où figurent de nombreux intermittents du spectacle... Des mois de travail acharné pour vous apporter de l'anti-formatage et un peu de place à de l'émotion et de l'émerveillement dans vos têtes, contrairement à Patrick LeLay de TF1 et consorts, qui eux continuent à vouloir combler cet espace avec des recettes toutes faîtes pour vider votre porte-monnaie et liquéfier vos neurones !

Tu as séjourné en Afrique, est-ce que cela à changé ta façon d'écrire ?

Changé ma façon d'écrire ? Non, je ne crois pas. M'ouvrir d'autres portes, oui, c'est sûr. En fait, cela a surtout changé ma façon de voir notre système de fonctionnement occidental ! Là-bas, ils n'avaient rien, ou pas grand chose, mais ils n'étaient ni stressés, ni angoissés et pas du tout dépressifs ! Etant confrontés à la recherche quotidienne de nourriture pour un grand nombre d'entre eux, ils vivent dans une réalité, certes sans fioritures, mais aux antipodes de nos artifices omniprésents dans notre société occidentale. Le plus hallucinant, c'est que finalement, c'est nous qui allons foutre la pagaille dans leurs vies. Imaginez ma tronche quand je me suis retrouvé en bordure du désert Somalien, nez-à-nez avec un panneau de 4/3 vantant les mérites d'une boisson américaine machin truc always, alors que nous allions apporter des sacs de vivres à des gens qui mourraient de faim... Sans commentaires. Alors évidemment, on ne revient pas indemne d'une expérience comme celle-ci.

Ton album "Les couloirs de l'amer étonnant" a été enrgistré à Clouange au
studio Amper, comment se passe l'après, la distribution ?

Tout d'abord, je tiens à faire une belle tartine sur l'équipe du Studio Amper de Clouange. S'il y a bien un studio dans l'Est où l'on vous mets sur les rails pour "réussir" l'enregistrement d'un album, dans le mille, c'est bien là. testez à l'occase, vous comprendrez, c'est magique.
L'après ? Bien sûr, l'éternel problème, dénicher une distribution. Une seule recette, prendre son bâton de pélerin, et être patient. Au bout du compte, après quelques mois de démarches, nous avons reçu, grâce au soutien du Label Art'Roze, trois propositions. A l'époque, Boucherie Productions, qui n'avait pas encore mis la clé sous la porte, nous avait fait une proposition de contrat, tout comme Mosaïc Music à Toulouse et Muséa à Metz.
La piste Boucherie s'est éteinte, puisque toute l'équipe a été licenciée en même temps. Restait Mosaïc et Muséa. Nous avons privilégié Muséa pour le côté géographiquement proche, mais aussi parce leur stratégie de distribution était en pleine mutation, et correspondait bien à nos aspirations de liberté de travail dans une dynamique indépendante. Voilà !

Tu as fait des scènes importantes, quels sont tes meilleurs souvenirs ?

Pas évidente, cette question... Il y a quelques années, dans l'équipe précédente, nous avions bouclé un concert à Guingamp à 02h du mat, et sans dormir, nous sommes partis pour une odyssée de 17h30 de camionette non-stop, via le massif central, pour être à Draguignan le soir-même. A la bourre, balance et concert sur les Allées d'Azémar en plein air pour les "Draguifolies" !
1500 personnes réunies sous le ciel provençal, pour un concert inoubliable !
J'ai beaucoup de très bons souvenirs des concerts dans les Maisons d'Arrêt françaises, comme par exemple à Laval, où les détenus ont refusé de réintégrer leurs cellules tant qu'ils ne nous avaient pas serré la main pour nous remercier d'être venus. Le directeur de la prison a dû accepter pour ne pas que la situation ne se complique... Le même jour, un des détenus présent dans la salle est allé remercier le directeur de nous avoir fait venir... Cela paraissait anodin sur le coup, mais on nous a dit un peu plus tard que ce détenu, pensionnaire depuis deux ans dans cette prison, n'avait encore jamais prononcé une parole à qui que ce soit ! Ce genre d'expériences vous enrichit énormément intérieurement... Il y en a tant d'autres, comme une rencontre originale avec "Mister" Thiéfaine, un beuf dans un resto avec Désirless après le Festival des 48h de l'Automobile à Troyes, une fiesta épique avec Goulek des Weeper Circus à Gérardmer, etc... ! Que du partage pur jus !

Où le public Lorrain pourra-t-il vous voir les prochains mois ? (janvier,
mars et avril ou après....)

Quelques touches sont en discussion sur la Lorraine, mais dans les prochains mois, nous filons aux quatres coins de l'hexagone. Au programme, entre autres, la Bretagne, le Midi-Pyrénées, la Champagne-Ardenne, le Poitou-Charentes, et une présentation Parisienne, sans doute à la Maroquinerie.
En parralèle, nous allons effectuer une nouvelle Tournée des Maisons d'Arrêts. Mais ne vous inquiétez pas, en 2005, nous serons présents en Lorraine également !

Si tu avais un message à faire passer aux pouvoirs publics, que leur
dirais-tu ?

Ce que je dis haut et fort et sans relâche, que tout ne se limite pas à une colonne de chiffre, ni à des suites de pourcentages et de sondages, que l'avenir de nos enfants, c'est maintenant qu'on le prépare, qu'un jour on leur laissera la somme de nos actions ou inactions en héritage, que le discours doit être accompagné par l'action, et bien sûr, que l'un des vecteurs, et non des moindres, qui fait évoluer une société, c'est bien sûr la diversité culturelle, et qu'il faille la défendre coûte que coûte ! (Et cela passe par un sauvetage du Statut des Intermittents, et non la pseudo-réforme-farce-mascarade que l'on nous sert depuis deux ans, et qui ne fait que scier un peu plus la branche sur laquelle la culture est assise...)
Défendre un culture libre et riche dans sa variété, c'est aussi important que de garder ouvert des bureaux de poste à la campagne, de laisser des cabines téléphoniques dans les villages, de venir en aide à l'armée de SDF en France, et de péreniser l'emploi pour les uns et les autres ! C'est une mission que l'on donne à nos élus en votant pour eux, et s'ils veulent lutter contre l'abstention dans les bureaux de votes, il leur faut commencer par être su le terrain et comprendre les soucis de la population afin d'agir efficacement dans la foulée.
Je leur dirais de croire en leur mission, de travailler sans relâche, et de ne pas oublier qu'ils ont été élus par des gens qui ont cru dans leur parole... Bref, d'avoir une attitude civique et responsable. Je crois dans la démocratie, même si elle est malmenée ces temps-ci.
Essayons d'améliorer ce qui peut l'être, et surtout, soyons actifs ! Et là, Cher(e)s Elu(e)s, c'est à vous d'en donner l'exemple à vos concitoyens.

Décembre 2004 - Propos recueillis par Laurent PESTEIL.
PREFACE. :
http://www.longueurdondes.com
Source : Magazine "Sur La Même LONGUEUR D'ONDES"

Son trip c'est le rock progressif. Mais il évolue entre l'alternatif, le funk, la folk et la chanson réaliste ! Riche, car musicien, il travaille aussi particulièrement son discours. Sa quête ? "L'identité profonde !" Vaste programme… "Se libérer de l'artificiel pour renaître à soi-même." Faut dire que ce jeune trentenaire a déjà été en Afrique pour aider Médecins sans Frontières, ce qui relativise l'existence ! Son disque, il l'a fait en six mois, reclus dans son studio-garage près de Metz. Voulant créer une "passerelle entre les art", sur scène, il s'entoure d'artistes peintre qui ont bossé sur le thème de son album, et il en profite pour faire une expo itinérante. Dialogue avec un artiste hors du commun…

Tu as été batteur à 15 ans, quelle est ta formation dans la musique et ton chemin musical ?

"Mon entrée sur le chemin musical semble avoir été un hasard de vie. En réalité, issu d'une famille du monde ouvrier, rien ne me prédisposait à côtoyer, à cette époque, le monde musical et créatif. Très jeune, par le biais d'un vieux tourne-disques appartenant à mon frère aîné, je rayais quelques vinyles de Yes, Saga, Patti Smith, Barclay James Harvest et plus tard, Trust et AC/DC. Mon premier achat perso fut un vinyle de Patti Smith ! Un jour, époque collège, un pote dont le père avait bossé sur un album de CharlElie Couture en y posant la basse, m'a proposé de monter un groupe de compositions, où mon rôle serait de marteler les fûts. La connexion se fit donc ainsi… Je me suis retrouvé trois semaines plus tard à assurer un concert en ne connaissant en tout et pour tout que deux rythmes et trois breaks ! D'ailleurs, aux 2/3 du concert, l'ampli du guitariste prenait feu, devant les quelques spectateurs ahuris qui restaient dans la salle, se demandant s'ils assistaient à un jeu de scène ou à un vrai début d'incendie ! Ce fut donc mon baptême du feu… Dans la foulée, je décidais de prendre des cours de batterie. J'ai eu la chance de tomber sur un personnage très humain dans l'approche, et particulièrement riche en expériences, en la personne de Patrick Marcel, ex-batteur du groupe Synopsis, qui a su me communiquer une approche très sensible de l'instrument et de la musique en général. S'en suivent trois années au sein d'un groupe de bal, bonne école d'un point de vue global et mise en pratique des choses apprises précédemment. Je décide, à ce moment, de franchir une étape en montant, avec une bande de potes du lycée, un groupe de compos. Ce fut la naissance de Mamie Tonk, une aventure qui durera huit années bien remplies. Tous les clichés propres à un groupe de rock vont être passés en revue : panne de camionnette dans le Massif Central, chèques en bois sous le soleil de Méditerranée, camping inondé après un concert en Bretagne, prises de becs, gueules de bois en tous genres, en bref, tout ce qu'il faut savoir et avoir vécu pour comprendre le métier que l'on a choisi ! Après les balbutiements, ce groupe aura fait un peu plus de 250 concerts sur deux tournées françaises, deux albums, dont le dernier produit par Colégram (une des entités qui produisait l'émission Taratata au sein de Air Production). Son essence se situait dans une dynamique à la Raoul Petite, très festive, avec pour objectif de se donner une bonne tranche de bonne humeur. Pendant cette période, de mon statut de batteur, je me glisse progressivement dans une découverte d'autres instruments qui me conduiront à façonner un univers sonore, jusqu'à me mettre à l'écriture et à chanter. Depuis, on me colle souvent une étiquette de "caméléon"… Quoi qu'il en soit, un mois avant la sortie nationale de cet album, assortie d'un passage dans l'émission Taratata, le groupe se sépare sans fioritures, dans la plus pure tradition rock'n'roll, évidemment au plus mauvais moment… En cours de route, de manière parallèle et complémentaire, stage de formation à l'IRMA. Quelle prise de conscience ! Je conseille à tous de s'inscrire aux différents stages IRMA, qui sont de véritables portes ouvertes sur une compréhension essentielle des données nécessaires à une bonne gestion de carrière dans le monde artistique. Ce fruit planté me permit plus tard de gérer le catalogue artistique du label Orange-Karamel, durant presque trois ans. Cette expérience m'a également beaucoup éclairé sur d'autres facettes incontournables de ce métier. Prise de recul, remise en question, périple africain en sac à dos et retour aux sources furent à l'origine d'un nouveau chapitre artistique me concernant, et cette fois, sous mon vrai nom. Exit le côté festif candide, nous voici calibrés sur un vecteur à connotation sociale très prononcé. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bienvenue dans "Les couloirs de l'amer étonnant" !

Quelques mots sur l'Afrique et Médecins sans Frontières ?

Trop dur pour résumer ça en quelques lignes. J'étais en pleine crise existentielle, aux doutes succédaient les impasses. Et là, un de mes amis, logisticien pour MSF Espagne, m'appelle de Nairobi et me dit : "Bon, t'en es où, tu fais quoi ?"… Réponse : "Choucroute mon pote, darkness et paupiettes !"… "OK, prends un billet d'avion, je t'attends." En trois coups de cuillère à pot, me voilà sac à dos sur le sol Africain. Nairobi, Mandera, accueil et immersion dans l'équipe de travail, désert africain, termitières géantes, distributions alimentaires, et là, bien sûr, le clash ! Au contact de la culture noire africaine, le modèle Occidental, avec sa cohorte de certitudes et de stress part en éclat. Les gens vivent autrement, sereinement, même avec trois bouts de ficelle ! D'après vous, que croyez-vous que j'ai ressenti lorsqu'en plein désert, à cheval entre les frontières somalienne et éthiopienne, je suis tombé nez à nez avec un panneau de quatre mètres par trois aux couleurs d'une boisson-soda américaine, "Machin-truc always" ?… C'était une vision surréaliste, dans un côté péjoratif… une sorte de viol, un irrespect profond des populations autochtones qui supportaient avec beaucoup de mal et de souffrances, une famine bien présente. On ancre chez eux cette vision parasite de l'Eldorado Occidental, au lieu de les laisser vivre. Quel gâchis ! Ce qui est sûr, c'est que fouler le sol africain, être au contact de cet espace multi-éthnique, c'est un truc gigantesque ! Il se passe quelque chose dans la tripaille, comme un retour aux sources… Le retour chez nous est difficile. Avant, les médias en général me donnaient l'impression que le monde entier tourne à notre rythme… En fait, c'est une vision fondamentalement erronée, une déformation artificielle de la réalité. Le voyage forme la jeunesse et ouvre les esprits ! Passez l'info !

Tu es a la recherche de "L'identité profonde !" T'as le mode d'emploi STP ?

Quitter l'autoroute ! Prendre le maquis philosophique et prendre conscience de son état ! Grandir intérieurement et par la pensée, et se libérer de nos tutelles, qu'elles soient sociales, religieuses ou économiques ! Notre civilisation occidentale, sous une apparente liberté d'expression, nous enlève la parole et la réflexion aussi vite que le temps qu'il nous est nécessaire à savoir l'écrire… Nous assistons quasi passivement à un formatage à grande échelle, que nous cautionnons d'ailleurs d'une certaine manière, en ayant une fausse impression de tirer son épingle du jeu, dans une véritable allégresse individuelle. Les codes de vies disparaissent au profit des codes barres que nous nous sommes globalement tatoués sur le front. L'individualisme ambiant annihile progressivement l'essence même de l'individu, ce qui sclérose irrémédiablement notre société que l'on nous claironne comme étant soi-disant moderne. Comment expliquer alors cette armée des ombres que sont les SDF dans notre pays ? Pourquoi nous parle-t-on plus de la consommation des ménages que du sort de ces derniers ? D'ailleurs pourquoi en parler puisque la grande majorité de nos concitoyens s'en contre-fout, du moment que leur sacro-saint écran de télévision continue de les bercer dans une douce anesthésie cérébrale et générale… Terry Gilliam ne pensait certainement pas voir "Brazil" grandeur nature aussi vite ! Sur un plan sociologique, les tribus amazoniennes n'abandonnent jamais leurs membres à la misère… Les considère-t-on pour autant comme moderne ? Pourtant, leur vie se déroule suivant un rythme d'évolutions bien réelles, parsemées de rites de passages, ce qui implique dès le plus jeune âge, un respect de la vie et de l'humain en général. Dans notre société occidentale, nous ne respectons plus la vision humaine des choses… Nous respectons les chiffres, ou plutôt, on nous apprend à être des chiffres. Du coup, nos rites de passages en deviennent indéchiffrables, et notre quête de l'individu vers une vie meilleure et son accomplissement est condamnée à errer vers des leurres et des mirages, posés là par les gestionnaires de sondages et leurs commanditaires… On dirait un discours de militant, n'est ce pas ? Pourtant ce n'est rien d'autre qu'un message d'un individu qui le passe à d'autres individus. Chacun peut prendre un chemin de traverse vers sa quête personnelle, et peut-être se trouver au bout. Encore faut-il que l'on lui en donne la possibilité… Celle de pouvoir transiter par un rite de passage. Je considère mon disque comme une sorte de rite de passage, d'essai philosophique, où chacun peut trouver une clé à mettre à son trousseau, sans pour autant y trouver des réponses, puisque qu'il incombe à chacun de trouver ses propres réponses pour se réaliser. Point de voie salutaire qui dicte le chemin à prendre, juste une chance d'y trouver un chemin autre qu'un rouleau compresseur maître-formateur… Une sorte de voie vers une liberté de pensée, de se réaliser par soi-même, sans suivre de modèle. J'aurais pu composer un album avec des chansons légères, faciles à retenir, où tout le monde gagne du pognon et s'embrasse à la fin… eh bien non, je suis un artiste qui pense que dans le contexte actuel, ficelé comme jamais, il est plus qu'urgent que nous nous servions de notre tribune pour dire tout haut des choses urgentes, nécessaires et vitales à l'évolution du contexte social actuel vers une prise de conscience salutaire… Si tout le monde dort, c'est à nous de réveiller les consciences, quitte à être impopulaires, mais au moins prenons nos responsabilités ! Bordel, arrêtons de faire n'importe quoi !

Les mots ont une grande importance dans ce que tu fais, tu les laisses mûrir longtemps ? Et pour la récolte, tu t'y prends comment ?

Les mots… Tant de possibilités, et en même temps, tellement difficile de trouver le bon équilibre entre la pensée qui se glisse dans la plume, et l'esprit du lecteur… Chaque individu aborde ce mystère avec sa sensibilité, à sa manière. En ce qui me concerne, mon esprit est un moissonneur d'informations, de sensations, d'impressions, de ressentis, d'échanges. Je veille à le faire évoluer sous un jour à la fois aérien et terrien, mais toujours dans un angle ouvert. Ne pas le laisser se figer, tel est mon challenge ! Puis, comme une graine qui a pris le temps de pousser par tous les temps, arrive la maturité, et la "récolte-écriture". C'est une sorte d'accouchement hors du temps. Bien sûr, par la suite l'écriture se travaille, se façonne, se malaxe, pour donner le meilleur de la récolte.

L'écriture de bouquin ne te tente-t-elle pas ?

Ecrire un livre ? Tu touches une corde sensible…A condition de ne pas faire, juste pour faire. Quand je vois le temps qu'il me faut pour soupeser le sens de chaque phrase que j'écris ! J'assume mes responsabilités face à l'esprit du lecteur, donc, je m'interdis d'écrire n'importe quoi ! Ceci dit, je ne pense pas être encore prêt à me lancer dans l'écriture d'un livre… Je dois encore nourrir ma caboche de pas mal d'étincelles de vie auparavant !Une chanson, c'est comme préparer un mets magistralement bien cuisiné. Ca prends du temps, alors pour préparer un banquet pour une myriade d'invités, il faut beaucoup plus de temps encore !

Ton dernier album a été fait en six mois, reclus dans ton studio-garage, ça ressemble à une forme de retraite divine... Mauvaise pioche ?

Disons que la méthode n'est pas anodine. Je me suis effectivement mis à l'écart quand j'en ai ressenti le besoin. Et là, étant à l'écoute, j'ai laissé mon esprit accoucher du fruit arrivé à maturité. La source a déversé son eau. C'était formidablement enivrant de ressentir ce processus. L'album se façonnait sous mes oreilles, comme s'il résultait d'une longue méditation. C'était une sorte de pont entre la "Matéria Prima" et mes doigts qui jouaient ou écrivaient, avec au milieu, mon tête dans le rôle du passeur. Lorsque "Les couloirs de l'amer étonnant" fut terminé, la source s'est tarie… Le cycle était arrivé à son terme. A présent, un autre chapitre doit s'écrire et mûrir à son tour…


"Les couloirs de l'amer étonnant" - Art Roze


Le 31/03/2004, propos recueillis par Serge Beyer
 
Thierry Crusem - Les couloirs de l’amer étonnant :
Source : Guitar Part - Octobre 2003

« Bienvenue dans les couloirs de l’amer étonnant ». Merci pour la sollicitude de l’invitation. Mais on reste interdit devant tant de mystère préalable. Les premiers accords nous rassurent. Ce n’est pas un énième groupe de métal qui carbure au Valium et Lexomil. Les compos de Thierry Crusem lorgnent plutôt vers le rock alternatif, où l’on retrouve quelques accents rocailleux des regrettés Pigale sur Candide. La première comparaison à peine lancée, la deuxième chanson-titre nous déroute vers un autre univers branché variet’débranchée. Accalmie de courte durée puisqu’on retombe (ou on remonte) dans des sphères plus rock matinées de funk. Au final, un album absolument éclectique, une œuvre de touche-à-tout qui excelle là où on ne l’attend pas : dans la chanson folk réaliste avec le très beau La Pomme. Il est peut-être le petit ver qui mériterait de faire son trou.
 
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